Mariage
Tentative de sabotage du plus beau jour de ma vie
Cher·es lecteurices et ami·es,
quand je songe au fait que ma mère a essayé de saboter mon mariage, j’éprouve encore de la colère aujourd’hui.
Une chance que mes amies adorées A., C. et B. (notamment) étaient là. Une chance qu’elles avaient senti qu’en ce jour si important pour moi, j’aurais besoin de leur présence protectrice face à la négativité de ma mère. Grâce à elles, au final, mon mariage a bel et bien été l’un des plus beaux jours de ma vie.
Merci tellement, mes amies chéries!
J’hésite à en écrire trop long au sujet des semaines qui ont précédé et suivi ce jour. J’essaie d’aller à l’essentiel. J’ai néanmoins décidé de faire un long ce matin (une fois de plus!) en ajoutant, à l’extrait du jour, des fragments qui peuvent peut-être aider à comprendre mon état d’esprit et celui de ma mère dans les semaines qui l’ont précédé.
Le 30 juillet 2012, ma mère s’est rendue au mariage de l’une de mes cousines. Lorsqu’elle est revenue, j’ai eu l’impression qu’elle – enviait? – ce qu’avait été cet événement. Tout en continuant de ne pas me parler de mon propre mariage à venir, elle me parlait de celui de ma cousine, d’à quel point ça avait été ceci et cela.
J’étais ravie pour ma cousine, évidemment, mais… quelque chose clochait. Ma mère, normalement, avait tendance à critiquer et à rabaisser, notamment quand ça concernait les réalisations de ses sœurs ou de leurs enfants.
Or, elle trippait sur qu’avait été le mariage de ma cousine. C’était étonnant.
D’un côté, ça exerçait une pression sur moi : j’avais l’impression qu’il me fallait - quoi? Qu’elle attendait quelque chose de moi qui avait trait à mon mariage, mais que je ne comprenais pas. Sa position officielle, depuis le début, avait été qu’elle était d’accord pour être présente le jour venu, mais que, par ailleurs, l’événement ne l’intéressait pas plus que cela. (Même chose pour le mariage de ma cousine avant qu’elle s’y rende, d’ailleurs.)
J’ai vu les photos du mariage de ma cousine. J’ai pensé que ces photos inquiétaient peut-être ma mère quant à ce que seraient mes photos à moi. Ma cousine, en effet, souriait en compagnie de sa mère. Ma tante avait un air heureux et satisfait.
D’un autre côté, on l’a vu, depuis le début de l’été, j’évitais de converser longuement avec ma mère de crainte d’éveiller la colère que je ressentais à son endroit. La capacité nouvelle que je cultivais de prendre mes décisions sans me soucier de son avis me rendait capable d’ignorer ses attentes silencieuses. Je tenais à ce sentiment nouveau. Je ne voulais pas qu’elle y ait accès.
Un matin, plutôt que déposer les enfants devant la porte comme elle le faisait habituellement, elle est entrée avec eux.
-Ça va? a-t-elle lancé.
-Oui, ça va. Toi?
-Oui.
Une pause.
-As-tu vu que Véronique Cloutier vient de se marier elle aussi? Un beau mariage, vraiment!
Mes yeux se sont arrondis.
WTF???
C’était peut-être une tentative de rapprochement très maladroite. Pauvre maman. Je l’écris sans ironie. Parfois, je ressens encore fortement à quel point ça ne doit pas être évident d’être dans ses émotions à elle.
Pour moi, le surgissement inattendu et biscornu de Véronique Cloutier dans ma matinée sans histoire, un ovni dans le ciel de notre culture familiale, illustrait l’ampleur de la mésentente entre ma mère et moi. J’avais le goût de m’exclamer : mais peux-tu juste me parler de ton intérêt pour mon mariage… pour moi, pour une fois!?
Plus tard, après mon mariage, j’ai lu dans un magazine de salle d’attente que Véronique Cloutier avait magasiné sa robe de mariage à New York avec sa mère. J’ai pensé que tout ça s’était peut-être emmêlé dans les émotions de ma mère : une femme du même âge et du même nom de famille que moi, elle aussi mère de trois enfants et en couple depuis longtemps, se marie en même temps que moi. Elle se rend à New York avec sa mère dans une connivence heureuse, alors que sa propre fille, elle, se rend à New York après son mariage et sans sa mère. Peut-être que ma mère aurait voulu que j’invite sa famille et que je tienne plus compte de certaines traditions ainsi que l’avaient fait ma cousine et Véronique Cloutier.
Qui sait, en réalité, ce qui se passait, et qui pouvait changer sans préavis, à tout moment, dans les émotions de ma mère?
Toujours est-il que le samedi suivant, elle a fait une chose qu’elle n’avait jamais faite auparavant et qu’elle n’a plus jamais faite après : elle m’a téléphoné en début d’après-midi pour m’annoncer qu’elle s’invitait chez moi pour le souper.
Affolée, j’ai appelé C., la suppliant presque de venir elle aussi. Grâce à la présence de C., la soirée s’est passée dans une ambiance agréable et rien n’a débordé. Nous avons discuté du choix des alliances. En fait, ma mère a montré une émotion presque tendre en me pressant d’en avoir. Elle trouvait que c’était un symbole important. Elle m’a convaincue, alors que G. et moi n’avions pas prévu en avoir.
Je garde un beau souvenir de ce moment de connivence entre ma mère et moi. Un moment où elle a été une mère de la mariée à l’écoute et enthousiaste. Le seul moment.
Et puis le jour du mariage était arrivé. Ce matin-là, je m’étais rendue seule chez la coiffeuse et chez l’esthéticienne. Dans l’après-midi, j’étais montée pour revêtir une robe d’une grande simplicité que j’avais achetée en solde chez Jacob. A. et C. étaient avec moi. Cela n’avait pas été planifié. Elles étaient arrivées tôt et étaient là, heureuses, complices, simplement. Les fillettes de l’une étaient là aussi, en robes fleuries, cerceaux à boucle dans les cheveux. Il faisait beau, nous riions et blaguions comme des jeunes filles, un parfum de fleurs à maturité embaumait l’atmosphère.
Lorsque j’avais descendu l’escalier en robe de mariée, j’avais constaté que plusieurs personnes étaient arrivées, dont ma mère. Nous avions pris la pose ensemble (ci-bas).
Une part importante de ce qui s’était produit par la suite m’avait été racontée plus tard. J’étais occupée à accueillir les gens et à prendre divers portraits de groupe dans un parc à quelques pas de notre demeure. Pendant ce temps, le visage de ma mère s’était rembruni. Elle s’était mise à prendre certaines personnes à partie : « Comme ça, toi, elle t’aime assez pour que tu l’aides à s’habiller! » « As-tu déjà vu ça, toi, une fille qui planifie tout son mariage sans demander un seul conseil à sa mère! »
À mon amie très chère qui était ma témoin : « Elle te prend pour sa mère. Elle me remplace avec toi. »
Au moment de monter dans la voiture qui allait nous mener au Palais de Justice, G., qui tout l’après-midi s’était occupé de tout pendant que j’étais occupée à sauter dans les bras de tout le monde et à être folle de joie, avait chuchoté : « Ta mère, chérie… Ça va pas. Elle est pas de bonne humeur. Elle sème le malaise. Je sais pas trop pourquoi. »
Le cœur m’avait manqué. Stoppée net dans ma joie, bouleversée devant l’inquiétude que ma mère était parvenue à susciter en G. le jour de son mariage, alors qu’il ne s’inquiète pas facilement, j’avais pensé : « Bien sûr. J’ai manqué de vigilance. Depuis le début de la journée, je me suis laissée porter, tout le monde a tout organisé pour moi, je suis gâtée, chouchoutée, célébrée. Je ne prends aucune responsabilité et je ne pense qu’à moi. Qu’est-ce que je me suis imaginé? »
Immédiatement, de nouveau, la priorité avait été de diriger mon attention vers ma mère et de modifier mon comportement pour l’apaiser et pour qu’elle soit heureuse d’être là.
Quelques minutes plus tard, nous roulions le long du fleuve, la voiture ronronnait, les rayons obliques d’un soleil de fin d’après-midi nous suivaient, les feuillages étaient caressés par un vent léger. G. avait posé sa paume sur ma cuisse. Nous nous regardions en souriant. Une certitude était montée en moi : « Cet amour, ce mariage sont plus importants que tout.»
Et durant l’heure qui avait suivi, j’avais réussi à ne penser qu’à nous. À l’oublier, elle, tout à fait et absolument.
De retour à la maison parmi nos invité·es qui nous faisaient une haie d’honneur, j’étais mariée et transportée de joie. Des discours avaient été prononcés, des toasts avaient été portés. Puis j’étais allée à la cuisine désertée pour vérifier que le buffet était prêt. C’est à ce moment que ma mère avait fondu sur moi.
Elle se sentait exclue et rejetée. C’était ma faute. Je ne l’avais pas impliquée dans les préparatifs du mariage. Je ne lui avais attribué aucun rôle pour la cérémonie. Je l’avais ignorée tout l’été. Mon attitude n’était pas celle d’une femme qui a de l’affection pour ses parents. Elle était profondément blessée. Tout m’était toujours dû. Tout tournait toujours autour de moi. Pour sa part, elle quittait la fête, elle s’en allait. De toute façon, la célébration était moche et ratée.
Cela avait failli fonctionner. J’avais immédiatement commencé à prononcer ce qu’elle attendait de moi : excuses, justifications, réparation de dégâts. « Mais non, maman! Mais non! Ne t’en va pas! Je suis heureuse que tu sois là! » Je songeais : « C’est fini. La journée de mon mariage est déjà finie. Maintenant, il faut que j’en paie le prix. »
C. était entrée sur ces entrefaites et, prenant la mesure de la scène, prétextant un problème à régler, était intervenue pour me dégager. Nous étions montées à ma chambre, où elle m’avait sermonnée : « Ta mère est une grande fille, Annie. C’est à elle de choisir de se réjouir ou non d’être ici. Ne perds pas de temps à la consoler. Tu verras ça plus tard. Aujourd’hui, c’est ta journée. »
Elle m’avait convaincue. J’étais redescendue le cœur plus léger et la fête avait pu continuer.
Dans les jours qui avaient suivi mon mariage, afin de la réconforter en lui offrant un rôle typique de mère de la mariée, j’avais offert à ma mère de venir prendre le thé pour que nous revenions sur la fête et que nous choisissions les photos à imprimer. La perspective d’être seule avec ma mère m’emplissant de nouveau d’anxiété, encore une fois, j’avais aussi invité C. Je savais qu’en la présence de mon amie, ma mère n’oserait pas critiquer mon mariage avec trop d’animosité. De fait, elle s’était montrée bonne joueuse et le moment avait été réussi. Puis, dans les semaines qui avaient suivi, une fois de plus, elle s’était retirée.

Le comportement de ma mère à mon mariage a eu ceci de bon que c’était la première fois qu’elle exhibait sa façon d’être avec moi devant témoins. Les gens m’en ont beaucoup reparlé par la suite. Ces personnes ont beaucoup éclairé et soutenu ma progression vers une meilleure compréhension de la personnalité de ma mère et de ce qu’en tant qu’adulte, je n’étais pas obligée d’endurer de sa part.
Tout arrive toujours pour le mieux, au final, même si, honnêtement, la façon d’être de ma mère le jour de mon mariage est peut-être le seul épisode de notre relation que je ne lui pardonne toujours pas aujourd’hui. On a vu qu’elle a toujours semblé vivre mes moments heureux comme des attaques personnelles à son endroit. Il me semble néanmoins qu’il aurait mieux valu pour elle comme pour moi qu’elle soit heureuse pour moi ce jour-là.


C'est pas peu dire. Une chance que tu es l'homme le plus solide et aimant au monde. <3
Si même G. a remarqué l'humeur de ta mère ça veut dire qq chose. Lâche pas ma belle amour